Pourquoi les Khurdes ?
 
7- Parce que c’est un peuple en mutation

Aux cours des deux derniers siècles, les kurdes ont vu leur identité de tribus pastorales, semi-nomades ou pas, se transformer peu à peu en celle de citoyen sédentaire urbain.
C’est d’abord un peuple aux frontières floues, évoluant sur les marges impériales, qui se voit insérer dans des territoires nationaux fixes au cours du XIXe siècle. Puis, pour un certain nombre d’entre eux, de pasteurs semi-nomades, ils deviennent sédentaires et agriculteurs par la volonté d’Etats soucieux de contrôler ces sujets en mouvement.
C’est un peuple rural ensuite, poussé ces dernières années dans une urbanisation sauvage à la suite des combats entre l’activisme nationaliste et l’armée Turc. Les kurdes eux-mêmes parlent de Diyarbakir, capital historique des Kurdes de Turquie comme d’une ville de villageois.
Par la scolarisation, les programmes d’alphabétisation et l’interdiction d’utiliser leur langue et de vivre leur culture, un Savoir local traditionnel est devenu un Savoir global, modélisé par l’Etat-nation, entraînant à la fois une désaffection et aussi une déconsidération des jeunes pour les métiers et les traditions issus du pastoralisme.
Ses enfants enfin, devenus étudiants ou alimentant la diaspora, tout autant que l’autonomie récente du Kurdistan irakien, ouvrent peu à peu leur communauté aux valeurs Occidentales. Le nationalisme, idéologie importée prônée par le Pkk et ses sympathisants, peut siéger en haut du processus. Il représente finalement la quintessence de cette mutation.

À l’autre bout de la chaîne, perdu dans ses montagnes diront certains, il y a le berger Kurde. Ces dernières années, des assemblages de tissus hétéroclites sont peu à peu apparus sur la matière uniforme des tentes traditionnelles des derniers nomades. À l’instar de leurs frères des villes, les éleveurs reportent sur leur quotidien les changements de leur environnement. Un territoire morcelé et cultivée, une société sédentarisée et urbanisée qui s’individualise, paupérisation des uns, enrichissement  des autres, tout ceci se projette sur leurs toiles à la manière d’une photo aérienne, ondulée par le courant du temps comme s’agitent les drapeaux des nations.