Pourquoi les Khurdes ?
 
8- Parce qu’enfin, le cas Kurde est un nœud Gordien

L'expression « nœud gordien » s'applique à un problème apparemment insoluble qui requiert une solution originale et audacieuse. C’est une métaphore pour un problème inextricable, finalement résolu par une action brutale (« Trancher le nœud gordien »). Elle est associée à Alexandre le Grand.
Le dictionnaire des symboles nous raconte que« Gordias était roi de Phrygie (l’actuelle Anatolie). Le timon de son char était attaché avec un nœud si compliqué que nul ne pouvait le défaire. Pourtant l’Empire d’Asie était promis, selon l’oracle, à celui qui y parviendrait. Beaucoup s’y étaient vainement essayés. Alexandre le grand le trancha de son épée. Il conquit l’Asie, mais la perdit aussitôt. C’est que le nœud gordien n’est tranché qu’illusoirement : il se reconstitue sans cesse. Il est en réalité l’enchevêtrement de réalités invisibles. Si le glaive d’Alexandre symbolise un éclair de génie, peut-être dénouera-t-il le lien ; mais s’il n’est qu’un acte de violence, le lien se reformera. C’est un fait qu’il perdit l’Empire et que le nœud s’est resserré ». Le dictionnaire conclut que« le coup d’épée du conquérant n’est qu’une fausse solution, celle de la violence. La patience qui dénoue, au lieu de trancher, assure une guérison plus stable et une conquête plus durable. »

Le problème Kurde, et par extension celui de toutes les revendications territoriales issues de minorités étouffées (Kosovar, Sahraoui, Touareg, Inuit, etc) est un nœud gordien qui appelle effectivement à une solution originale et audacieuse.
Originale, car un système politique englobant à la fois l’aspect multiculturel des sociétés à venir et les valeurs issues de la démocratie et des droits de l’Homme (non celles qui valorisent l’individu et peuvent être perçu à juste titre comme « occidentalisante », mais plutôt celles qui refusent le déni des droits fondamentaux de celui-ci) reste à inventer.
Audacieuse, car cette solution nécessite de sortir du Model de l’Etat-nation à l’Occidental, Model qui domine à l’heure actuel le système international et qui n’offre, au mieux qu’un avenir d’Etat rentier ou d’Etat client (dans les deux cas un Etat dépendant) à ses prétendants, au pire qu’une « balkanisation » de leur territoire.

Enfin, ces peuples des marges, quelles que soient leurs situations (la population des banlieues françaises peuvent tout à fait correspondre à cette appellation) nous obligent aussi à inventer d’autre forme de « vivre ensemble », à trouver cette cohérence en patchwork dont nous parle le sociologue M.Maffesoli.

Sources :
1-  Voir Dictionnaire des symboles, Bouquins, 1982
2- Voir F. Jullien, Universels, les droits de l’Homme ?, dans Le monde diplomatique, février 2008
3- Voir B. Badie, L’Etat importé, Fayard, 1992.
4- Voir B. Badie, La fin des territoires, Fayard, 1995.
5- Voir M. Maffesoli, Le temps des Tribus, La table ronde, 2000.