Pourquoi les Khurdes ?
 
6- Parce que c’est un peuple gigogne
Les Kurdes sont l’exemple type de la confrontation brutale entre l’idéologie de l’Etat nation, obsession jacobine avec le citoyen, la laïcité, le conformiste centralisateur, et la réalité du monde musulman, avec ses solidarités ethniques ou confessionnelles.
Ainsi, sur la scène locale, les kurdes se distinguent par l’appartenance à la tribu (750 en Turquie), aux groupes linguistiques (Zaza, Kurmandji, Sorani), aux courants religieux (Sunnite, Chiite, Alevi, Yezidi et Chrétien) et parfois par l’adhésion à un réseau confrérique ou à un parti politique. Dans une plus large mesure, ils posent en fait la question de la place des minorités et des communautés, à la fois dans un contexte démocratique et national, et dans la modernité.
Sur la scène internationale, la complexité de la sphère kurde se déploie tout autant. Sa population se réparti entre quatre Etats du Moyen-Orient (Turquie, Syrie, Irak et Iran), des groupes kurdes existant aussi implantés dans des républiques caucasiennes et d’Asie centrale (environ 300 000 individus). Sa diaspora en Europe est évaluée à 600 000 personnes et fait de ce peuple la plus grande communauté sans pays au monde.
Cet éclatement d’appartenance se distingue aussi dans le traitement différentiel que les autorités internationales réservent à leur situation. Ainsi le PKK, guérilla nationaliste, est-il considéré comme un groupe terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne quand dans un second temps, le Kurdistan Irakien inaugure le concept du droit et du devoir d’ingérence lors de la première guerre du Golf.
Peuple majeur du Moyen-Orient devenu minorité après le dépeçage de l’Empire Ottoman par les Français et les Anglais, les kurdes sont en fait un cas d’école de la minorité transnationale partagée par des découpages frontaliers artificiels, et rappellent s’il en était besoin, qu’il n’y a pas de frontière « juste » ou naturelle.

Sources :
1-  Voir sous la direction de M. Bouix, Minorités et construction nationale, MSHA, 2004
2- Voir H. Bozarslan, La question Kurde, Etats et minorités au Moyen-Orient, Presses Sciences Po, 1997
3- Voir Sous la direction de E. Picard, La question Kurde, Ed. Complexe, 1991
4- Voir sous la direction de E. Picard, La question Kurde, Ed. Complexe, 1991